16 Couleurs

16 Couleurs – graphisme & jeu vidéo


2 Commentaires

Il y a 30 ans, la première BD réalisée sur ordinateur : Shatter

shatter-entete

En début d’année 1984, Michael Saenz et Peter Gillis se lancèrent dans leur projet de première BD entièrement dessinée sur ordinateur, seule la colorisation étant encore faite de manière traditionnelle du fait des limitations techniques. Shatter commencera à paraître en 1985 aux États-Unis, mais je l’ai pour ma part découvert quelques années plus tard, par le biais d’une traduction française des 28 premières planches parue en 1986 dans Spirou sous le titre « Shatter chasseur de têtes ». Magie d’Amazon aidant, j’ai récemment pu me procurer à un prix modique un exemplaire neuf du recueil paru en 1988.

D’un point de vue technique les auteurs utilisèrent le haut de gamme de l’époque, à savoir le premier modèle du Macintosh avec ses 128 ko de RAM et sa résolution de 512×342, une imprimante à aiguilles ImageWriter d’une résolution de 72 dpi et le logiciel de dessin MacPaint (le matériel est visible ici, le logiciel présenté ici et même utilisable en ligne ici !). Ils évoquent dans l’introduction du recueil les réticences ou même les réactions violentes que leur projet avait suscitées en 1984, du fait de la peur de certains que l’ordinateur remplace à terme complètement les auteurs. Bien évidemment ces inquiétudes s’avérèrent infondées, les bandes dessinées étant toujours bien réalisées par des humains 30 ans plus tard et l’industrie dans son ensemble ne se portant pas si mal. L’ordinateur s’est juste avéré un excellent outil pour la BD comme pour beaucoup d’autres domaines.

Shatter (source image :  theporporbooksblog.blogspot.com )

Tout en étant loin d’être un amateur éclairé en matière de comics (mes goûts en la matière se situent plutôt vers Marcinelle ou Bruxelles), je pense que la série se distingue surtout du fait de son statut de pionnier et du tour de force que sa réalisation a demandé. Le style et la qualité du dessin sont assez variables, et le changement d’auteurs en cours de route n’aide absolument pas, les dessins perdant alors pas mal de leur charme. L’histoire, assez confuse, nous emmène sur les pas de Shatter, chasseur de primes un peu louche qui va se retrouver impliqué contre son gré dans une affaire de trafic de talent (la manip nécessitant quand même la collecte de cerveaux « à chaud » pour ensuite en extraire les données convoitées) et une guerre ouverte entre une multinationale et des mutants vivant en marge de la mégalopole.

Le choix de l’univers cyberpunk fut par contre une excellente idée, puisque l’aspect pixelisé des images renforce le côté trash de l’univers à la Blade Runner. On retrouve ce phénomène dans le premier Toy Story de Pixar : le rendu un peu plastique des images de synthèse de l’époque fut plutôt un atout pour un film utilisant principalement des jouets comme personnages. Deux excellents exemples d’utilisation à son avantage des limitations du média choisi.

Plus d’informations sur Shatter sur le site du Computer History Museum (en anglais)

La plupart des scans ci-dessus proviennent du site The PorPor Books Blog (en anglais)

Publicités