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Valadon Automation, les pionniers de l’arcade « made in France »

10 Commentaires

Quand on pense aux jeux d’arcade du début des années 1980, les acteurs qui viennent spontanément à l’esprit sont surtout des grosses structures américaines ou japonaises comme Atari, Sega ou Namco. Ce qui est moins connu, c’est qu’à côté de ces géants a évolué pendant quelques années une petite entreprise française depuis tombée dans l’oubli : Valadon Automation.

Logo Valadon Automation

L’histoire commence à Chalon sur Saône en 1977, où Alain Valadon crée une entreprise spécialisée dans l’électronique industrielle et en particulier l’automatisation des centrales à béton. En 1979, la jeune société pivote vers le secteur du jeu vidéo avec dans un premier temps la fabrication d’alimentations électriques pour René Pierre, alors le principal constructeur et distributeur de bornes d’arcade français et également basé à Chalon sur Saône. Rapidement l’entreprise décide d’étendre ses activités et de s’atteler à la conception complète de jeux. Elle n’hésite pas à flirter avec l’illégalité à ses débuts, avec un premier titre en 1980, Millpac, qui n’est de toute évidence qu’un bootleg du Milipede d’Atari : une ROM modifiée à la marge, principalement pour en expurger les mentions du concepteur d’origine ! Une pratique qu’on retrouvera quelques décennies plus tard sur les jeux Nintendo en Chine et à Taiwan. Les titres suivants de Valadon sont heureusement plus originaux et s’enchaînent assez rapidement.

Le plus connu est sans conteste Le Bagnard, sorti en 1982 et connu à l’exportation sous le nom de Bagman, en particulier aux États-Unis. Le jeu est assez novateur et techniquement impressionnant pour l’époque, avec une action qui se déroule sur trois écrans et des paramètres relativement complexes : ramener l’argent à la surface en utilisant les chariots de mine et les ascenseurs à bon escient, arbitrer entre porter une pioche pour étourdir les gardes ou un sac d’argent, le tout en essayant de garder en tête la position des différents gardes qui circulent entre les écrans. Le jeu fut porté de manière officieuse sur diverses machines 8 bit sous les noms de Gilligan’s Gold ou Bagitman. Un passionné a même décidé récemment de le porter sur Colecovision !

En 1983, Pickin’ puise son inspiration du côté de Sokoban en y ajoutant des visuels abstraits et des ennemis qui rappellent un peu ceux de Qix, dont certains déplacent les caisses aléatoirement ! En résulte un action-puzzle original qui paraît particulièrement difficile, surtout avec sa bande son légèrement stressante.

Également commercialisé en 1983, Super Draw Poker est un vidéo poker d’apparence assez classique.

Super Bagman sort en 1984 et est évidemment la suite de ce qui fut le hit de Valadon. Il y ajoute des armes à feu, des dénivelés plus importants, des escalators et une musique de fond.

Tank Busters sort lui en 1985 et est un shoot’em up multidirectionnel assez nerveux et de belle facture où l’on contrôle un tank ou un hélicoptère.

Outre la conception et la commercialisation de ses propres jeux, l’entreprise endosse aussi le rôle d’éditeur et de distributeur en France de certains jeux d’Itisa, le pendant espagnol de Valadon, comme Botanic et Squash en 1984. Itisa semble d’ailleurs avoir joué le même rôle pour les jeux de Valadon au sud des Pyrénées. Voir à ce sujet ce blog post très détaillé traitant des pionniers de l’arcade en Espagne.

À son apogée, Valadon produit une centaine de PCB pour bornes d’arcade par jour, mais la société abandonnera le jeu vidéo en 1985 suite au crash du secteur pour retourner à ses premiers amours, l’automatisme dans le domaine industriel. Une stratégie couronnée de succès puisque la société existait encore récemment de manière indépendante, dans les même locaux et avec un logo inchangé comme on peut le voir sur le site web de 2014 ! Elle a depuis été acquise par Vinci Énergie qui l’a absorbée dans le reste de ses activités.

 

Auteur : HP

Professionnel de l'industrie vidéoludique depuis 14 ans, j'écris principalement sur l'infographie, le business des jeux vidéo et la demoscene.

10 réflexions sur “Valadon Automation, les pionniers de l’arcade « made in France »

  1. J’ignorais totalement que les français étaient pionniers dans ce domaine ! Comme quoi la « French Touch » existe depuis très longtemps et gageons qu’elle persiste encore longtemps !

    • J’ai découvert cette entreprise complètement par hasard il y a quelques mois. Il y a très peu d’information sur eux sur le net, c’est étonnant qu’ils soient tombés dans l’oubli à ce point là.

  2. Des jeux d’arcade made in France, c’est roots! Il faudra que je les teste.

  3. Et une pépite de plus trouvée par Hervé. Merci pour ce lien !

    • Merci pour ton commentaire aussi ! C’est toujours sympa de voir que toutes ces heures passées sur le net ne sont pas complètement perdues😉

  4. Merci pour cet article. Je connaissais le jeu « le Bagnard » pour y avoir jouer quand j’étais gamin. Il y a quelques années, j’ai même contacté le directeur de Valadon Automation pour lui demander une interview mais sans succés. Ce serait bien d’avoir son témoignage sur cette époque de pionnier du jeu vidéo français. Vous aurez peut être plus de chance que moi🙂

    • Merci pour votre commentaire. Pour être tout à fait honnête, j’ai aussi envisagé d’essayer de contacter le fondateur de Valadon, mais sans y donner de suite. Je sais qu’il y a eu un dossier consacré au Bagnard dans un ancien numéro de Pix’n’Love et j’imagine que les auteurs avaient tenté de le contacter à ce moment là. N’ayant pas connaissance du contenu de cet article, je ne voulais pas prendre le risque de le déranger pour lui reposer les même questions à quelques années d’intervalle.

  5. Salut STS … c’est C-Rem / MJJPROD
    Je travaille à 100m de chez Valadon et la je suis scotché … je connais bien cette boite mais je connaissais pas toute son histoire !
    Faut que j’aille faire un saut dans leur vieux stock ; )
    Avec Cobrasoft il y avait de la vie coté jeux video dans les années 80 à Chalon Sur Saone
    Souvenir souvenir …

    • Salut C-Rem ! Heureux de te faire découvrir un peu le patrimoine local😉 C’est vrai qu’avec René Pierre, Valadon et Cobrasoft, il y avait un bon « cluster » du jeu vidéo à Chalon sur Saône. Dommage que ça n’ait pas perduré.

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